Bateau Sacailla

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 »SACAILLA
 

Ce long bateau vert prairie fut commandé par Monsieur Zozaya en 1956 au chantier naval Grégoire Marin de Ciboure et baptisé Élisabeth. 
 

Racheté par Martin Perry, cousin éloigné de par ma mère, avant d'être la propriété de Jean-Marc Lecuona qui le nomma de son nom actuel.

 
 

Ce  bateau est aujourd'hui un des derniers survivants d'une époque révolue, celle d'un millénaire d'architecture navale propre à notre histoire issue d'une probable acculturation viking.

 
 

Le chantier naval Marin perpétue encore la tradition, il est comme le 
 

Sacailla,une sorte de monument historique local que les communes sœurs que sont 
 

Saint Jean de Luz et Ciboure semblent ignorer, jetant à peine un œil  sur Patxiku et Airosa ses frères nés pour la pêche professionnelle et classés monument historique.

 
 

Le Sacailla issu de cette tradition navale commune à tous les ports du littoral atlantique possède toutefois la signature du chantier qui l'a construit. Sa ligne tendue, sa poupe ronde si particulière, ses proportions sont autant de caractéristiques qui permettront aux connaisseurs d'identifier son origine sans douter.

 
 

Pour sa construction il aura fallu plusieurs essences de bois, quelques outils et surtout le savoir faire du charpentier de marine pour assembler toutes les pièces dont certaines de quelques centimètres à peine.

 
 

Les bois utilisés sont le chêne le pitchpin et l'acacia.
 

-Le chêne, robuste sert pour l'ossature appelée aussi charpente. Elle est composée de trois pièces principales que sont la quille l'étambot et l'étrave. C'est pour les néophytes, la colonne vertébrale du bateau.
 

-Le pitchpin, plus souple et plus léger que le chêne est un résineux américain supportant très bien les intempéries et l'immersion. Il a été utilisé pour les bordés, l'enveloppe qui donne la forme de la coque. Le bordage du Sacailla est fait à franc bord, planches contre planches, à l'aide de rivets en cuivre, dont certaines comme les membrures nécessitent un passage à la vapeur.
 

L'étanchéité se fait par un assemblage précis et d'une bande de coton tressé appelée calfat posé entre chaque planche.  
 

-L'acacia sert aux membrures. La technique utilisée pour le Sacailla est dite de la membrure ployée. On chauffe le bois débité avec de la vapeur d'eau afin de l'assouplir très provisoirement et lui permettre de prendre la forme de la coque. 
 

C'est une technique qui, contrairement aux membrures sciées, est peu gourmande en bois, légère, facile et rapide en mettre en place.

 
 

Ce savoir faire millénaire, nécessitant des connaissances particulières, signe pourtant la mort des derniers bateaux en bois. L'entretien est onéreux pour celui qui ne connaît pas ces techniques, qui ne possède pas le temps et la passion, voire la culture ancestrale pour se pencher sur le patient.

 
 

Né de familles de pêcheurs, ayant toujours été au contact de la mer, j'ai dès l'enfance était imprégné du sel des ces aventureux rentrant de la pêche. Je me souviens des silhouettes caractéristiques des bateaux regagnant le port en file indienne,tous différents mais aisément identifiables, escortés par des mouettes hurlantes en attente de quelques restes de poisson. Je sens toujours l'odeur forte des filets séchant sur le quai mêlée à la sueur imprégnée de mazout des pêcheurs, déchargeant les thons à la main. 
Je sais d'instinct reconnaître le sens du vent, qu'il soit le souffle iodé du noble Atlantique ou le vent du sud surfant les pentes de La Rhune, phare naturel veillant aussi fidèlement que la vierge de Muskoa. De cela, je me sens habité, comme je suis habité aussi par la volonté  de sauver cette magnifique coque, héritage de Roger Etxeverria ancien compagnon de jeunesse de mon défunt oncle Raymond Sagarzazu.
 

 

Tout cela est dans mon sang, voire dans mes gènes et le Sacailla est le portrait"quintessendal" de toutes ces coques défilant dans ma mémoire, le paroxysme de mes souvenirs navigant qui ont forgé l'image de la coque idéale.

 
 

Construire ou rénover, lire des plans de marine, ne sont que la suite de mon cheminement maritime commencé il y a bien longtemps sur les rives de la Nivelle, à l'endroit même ou le Sacailla mouille. Après un détour vers la construction de planches de surf et de wind surf dans les années 80, j'ai fait, en 1990, la connaissance d'Etienne qui m'a initié aux techniques du bois époxy lors de la transformation de son monocoque en trimaran. De cette expérience est né en 1994 un premier battela, clin d'œil entre les méthodes modernes et dessin traditionnel, et son annexe issue elle, d'une autre technique.
 

Pour affiner mes connaissances, j'ai construit un canoë en lattes de bois entièrement issues de bois de récupération. 
 

Il est donc possible de construire ou réparer à moindre coût...

 
 

Je pose deux lignes au bon souvenir de Jeannot Sagarzazu, l'oncle de ma mère qui nous avait légué à mon frère et à moi-même son magnifique Askena. Pas prêts, pas assez de temps, ou trop de temps pour l'hésitation et voilà un bateau qui aurait pu disparaître corps et âme.

 
 

C'est ainsi, après les regrets de l'Askena parti vers une autre famille, que la maturité a posé ses galons sur un homme nouveau, que je me suis senti prêt pour restaurer le Sacailla, dernier lien éloigné avec mes prestigieux ancêtres navigants.
 

 

La rénovation du Sacailla présentée ici, doit être un hymne et une lueur d'espoir pour tous ceux qui hésitent à se lancer dans une telle rénovation. Le plaisir d'un tel projet vous élèvera comme une prière de vie.

 
 

Pourtant, quand mes yeux se sont posés sur cette coque de manière inquisitrice pour la première fois, ils ont senti le goût salé de l'émotion générée par la décrépitude visible. Tout semblait n'être que pourriture...
 

Seulement la foi que j'avais développée ne me permettait plus de douter.

 
 

Derrière cet apparent délabrement la qualité de la construction initiale allait se révéler. 
 

Au final, après un gros nettoyage, seuls quelques bordés et la totalités des membrures furent changés. 
 

J'ai refait aussi les deux gaillards et les serres...Tout cela  pourrait paraître être un 
 

travail énorme, mais croyez moi, il ne fut qu'huile de coude, plaisir, partage et échange notions fondamentales d'une association.
 

Que Florence,ma chérie qui me soutient, Manex, Benat, la famille Larmanou bien connue de tous les plaisanciers de la Nivelle et tous ceux qui ont participé de près ou de loin à ce projet pas si fou soient ici remerciés.

 
 

Notre association Egurrezkoa est là pour aider tous ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure. Demain, nous avons l'espoir que des villes riches en histoires de mer, au travers des gestionnaires de port, nous suivent dans notre démarche résolument tournée vers l'avenir. 

 
 

Bientôt, ces mêmes villes nous remercieront du travail accompli car nos bateaux deviendront la vitrine vivante et dynamique de leurs ports plutôt qu'une photo inerte oubliée pathétiquement dans la mémoire d'un ordinateur. 

 
 

Le plastique osmosé des bateaux modernes ne pourra nous survivre, nous sommes le trait d'union entre le passé et la future prise de conscience que rien ne pourra jamais remplacer le bois au travers du travail ingénieux des hommes.

 
 

Des villes comme Saint Jean de Luz et Ciboure, se doivent, au même titre que la communauté basque du Guipuzkoa via son association modèle Albaola se doter d'un musée maritime et d'un charpentier de marine exposant comme un fil rouge, ce savoir faire vivant.

 
 

Il faut que nos élus prennent conscience que ces bateaux ne sont pas des souvenirs flottants mais une intéressante possibilité de proposer aux curieux locaux ou aux touristes une manière de comprendre, de connaître et faire connaître la grande histoire de la marine basque totalement méconnue en France. On ne doit plus négliger les hauts faits historiques locaux, de Elkano à Sopite de Coursic à Elissalt, et la mémoire de tous nos pêcheurs et coureurs d'océans.

 
 

Qui sait, et ce n'est que notre proche passé que le port de Saint Jean de Luz-Ciboure fut le premier port thonier, sardinier et anchoitier de France, un port de corsaires aussi actif que Saint Malo, le plus ancien port morutier d'Europe...

 
 

Christian Thurin/Sagarzazu